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L’homophobie recule. La preuve: les hétéros se roulent des pelles

Neuf garçons sur dix s'embrassent volontiers sur la bouche, affirme un sociologue au Royaume-Uni. Etre pris pour un gay ne ferait plus peur aux jeunes mâles.

5 janvier 2011 | par

gros-becs

L’idée lui est venue par hasard à Eric Anderson. Ce prof de sociologie américain enseignant dans la faculté des sciences de l’éducation à l’université anglaise de Bath avait entendu parler par un de ses étudiants d’un jeu pratiqué par les ados et les jeunes adultes. «Gay chicken» (que l’on peut interpréter «poule mouillée gay») consistait pour deux garçons à s’embrasser sur les lèvres. Le but: tenir le plus longtemps possible. Le premier qui se retirait avait perdu. Intrigué, le sociologue a découvert que ce «je-te-tiens-par-la-barbichette» assez particulier est passé de mode depuis quelques années… «parce que plus personne ne perdait», explique-t-il au quotidien londonien «The Guardian». Les garçons n’auraient plus peur de s’embrasser sur la bouche. Ce fait est bientôt confirmé par de multiples photos de soirées (probablement dignement arrosées) fournies par ses étudiants, et où ils s’exhibaient en train de s’embrasser à pleine bouche.

Baisers de footballers
Anderson a voulu en savoir plus. Il a interviewé de 145 élèves et effectué un sondage auprès d’un panel de lycéens et universitaires. Résultat: 89% se disent heureux d’embrasser un garçon sur les lèvres «par amitié». Et 40% admettent avoir pratiqué des baiser plus «appuyés» – pour choquer ou pour rigoler. Anderson suppose que chez ces élèves, dont la plupart étudient l’éducation physique et le sport, les attitudes des sportifs professionnels a joué un rôle. Et particulièrement les effusions des footballeurs, de moins en moins timides quand il s’agit de s’étreindre après un but.

«Quand j’ai commencé à en parler aux gens, j’ai trouvé beaucoup d’universitaires qui ne me croyaient tout simplement pas. Ce genre d’action était pour eux impensable», relate Anderson. Normal, selon lui: «Ils ont été marqués par les comportements qui avaient cours à leur époque comme part du processus d’entrée dans l’âge adulte. Et les baisers entre homme n’étaient pas permis. Bien qu’ils n’aient pas fréquenté les pubs et les clubs d’étudiants depuis 20 ans ou plus, ils supposaient que rien n’avait changé.»

Homophobie moribonde
La conclusion tirée par le sociologue américain est sans appel: la peur et l’hostilité autour de l’homosexualité sont moribondes sur les campus britanniques. «L’homosexualité est presque normalisée aujourd’hui, et c’est particulièrement vrai des jeunes. Ils se sont distancés de l’homophobie comme autrefois du racisme.» Du même coup, ils auraient abandonné les comportements hyper-macho ou homophobes destinés à prouver qu’il ne sont pas gay. Une nouvelle donne qui ne peut que bénéficier aux gays dans les milieux estudiantins.

Quid, alors, des cas d’étudiants gay poussés au suicide ou tabassés, de Matthew Shephard en 2001 à Tyler Clementi en septembre dernier? Anderson relativise: «Nous sommes très bons pour relever des cas individuels afin de former une croyance que l’oppression est une expérience partagée chez les jeunes homos. Mais l’expérience commune pour les jeunes gays, c’est qu’ils sont juste bien traités.» En tous les cas, Eric Anderson ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le prochain thème qu’il s’apprête à aborder dans son exploration des jeunes mâles hétéros sera d’ailleurs… le câlin.

Mise à jour 06.06.2011 08:43

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