Homos seniors

Vieillirons-nous ensemble?

  • 5 oct. 2010
  • | par Stéphanie Pichon

ems-gay
Après avoir lutté pour ses droits, la communauté LGBT se pose la question de son vieillissement. En Europe et aux Etats-Unis apparaissent les premières résidences communautaires pour seniors.
 

La nouvelle a fait le tour des sites de la communauté LGBT du monde entier. Une maison de retraite pour gays et lesbiennes va s’ouvrir à Torremolinos, en Andalousie, réputée pour être l’une des stations balnéaires européennes les plus gay friendly. Mais attention «maison de retraite» est un terme un peu large et biaisé pour désigner une résidence de «propriétaires» où chacun achètera un nombre de mètres carrés dans un appartement partagé ou non, avec centre social et assistance médicalisée et un espace commun de rencontres de 400 m2. Entre 100 000 et 240 000 euros (130 000-312 000 francs), ça n’est pas à la portée de tout le monde, mais c’est au moins un début. Le projet Arcoiris est porté par l’entreprise ImNova, spécialisée dans les résidences pour seniors, et a été initié par Antonio Gutiérrez, une figure de la cause gay espagnole.

Très vite en Espagne des voix se sont élevées contre l’idée que ces maisons de retraite reproduiraient une sorte de ghettoïsation de la communauté LGBT. Sauf que cette résidence ne sera pas fermée aux hétéros.

La residence est réservée aux plus de 55 ans. «Ce que nous souhaitons, c’est que les personnes qui achètent ces appartements sachent que la majorité de leurs voisins seront membres de la communauté LGBT», explique Iñigo Armengod, directeur général d’ImNova. «Nous avons lutté pendant des années pour nos droits et maintenant que nous y sommes parvenus, nous nous concentrons sur d’autres thématiques comme le vieillissement, et le manque de services sociaux dans le pays», estime Antonio Guitterez, 58 ans, qui sera l’un des premiers résidents d’Arcoiris. Depuis l’annonce de la construction de cette résidence de 27 appartements, les demandes se sont multipliées. D’ailleurs Iñigo Armengod ne cache pas son intention d’étendre le principe d’Arcoiris à Barcelone, Madrid et Málaga. 

L’échec berlinois

Ce type de résidence de propriétaires est une première réponse à une question dont ne se saisissent pas les pouvoirs publics. Partout en Europe ou aux Etats-Unis, c’est la communauté elle-même qui est à l’origine de ces initiatives pas toujours aussi «gagnantes» que celle de Torremolinos. Sur son site, Arcoiris se réfère à la maison de retraite Astra Nielsen, à Berlin Pankow, vantant des appartements d'une à deux chambres, pour retraités LGBT. Malheureusement cette première maison de retraite du genre en Europe, créée en janvier 2008, n’a pas tenu plus d’un an. Très différente dans l’esprit de la résidence luxueuse de bord de mer de Torremolinos, «Le Village», du nom de l’association porteuse du projet, proposait 28 chambres doubles ou individuelles réservées à une population homosexuelle au troisième étage d’une maison de retraite existante. Le personnel soignant et les travailleurs sociaux étaient aussi membres de la communauté LGBT. Faute de financement, faute de personnes intéressées et faute de communication, la maison de retraite a fermé ses portes en 2009 sans grand écho dans la presse européenne qui avait salué sa création. Il faut dire qu’à Berlin, on fait plus joyeux que Pankow, quartier nord et ouvrier de Berlin Est, loin, très loin de l’ambiance gay friendly de Schöneberg ou du métissage gentiment anar de Kreuzberg. Aujourd’hui les mêmes membres de l’association Village mènent des négociations avec le groupe Genowo pour construire une maison de retraite à Tiergarten ou Schöneberg, persuadés que leur projet tient la route. «En Allemagne vivent près de 6 millions de gays et lesbiennes. Le thème du vieillissement de la population homosexuelle est à peine abordé, et demeure un tabou alors que de plus en plus d’homosexuels entrent dans la tranche d’âge des plus de 50 ans et ont besoin de soins», explique le porte parole de l’association Christian Hamm. «L’expérience des anciens habitants de la résidence nous conforte dans l’idée qu’une maison de retraite officiellement pour des clients gays et lesbiens leur permet d’échapper à toute discrimination.»

Cohabitation à Montréal

Aux Etats-Unis comme en Europe, la question des maisons de retraite se pose de manière cruciale. Selon une étude du Williams Institue de l’Université UCLA, les seniors gays ont deux fois moins de chance aux Etats-Unis d’avoir une couverture sociale. La première résidence avait été créée à Palmetto en Floride en 1998. La dernière en date, Stonewall dans le Massachussetts, semble déjà menacée de fermeture pour des questions financières. L’initiative la plus convaincante vient peut-être de Montréal où les deux Maisons Urbaines, maisons de retraite pour personnes semiautonomes, ont fait le choix d’une mixité entre gays et hétéros. André J. Saindon à la tête de ce groupe, a simplement fait circuler une lettre aux résidents et au personnel expliquant que désormais, il ferait de cet endroit une résidence pour la communauté LGBT et qu’il n’y tolérerait aucune homophobie.

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