Bras de fer

Capleton annulé à Bâle. Et à Lausanne?

  • 6 nov. 2008
  • | par Arnaud Gallay
  • 11

capleton-interdiction
Les organisations LGBT nationales et romandes demandent l’annulation du concert du chanteur jamaïcain Capleton à Lausanne, dénonçant le double langage de l’artiste, qui poursuivrait sur scène ses provocations homophobes.

Longtemps considéré comme le chantre de la violence homophobe, avec pas moins de 29 textes appelant ouvertement aux meurtres de gays composés jusqu’en 2006, le chanteur de «dancehall» jamaïcain Capleton vient de voir annuler son concert prévu à la Kaserne de Bâle le 6 novembre prochain. Il reste toutefois à l'affiche du festival lausannois Metropop le 8 novembre.

«Brûler les pédés et les sodomites»

Suivant une tournée avortée au printemps 2005, le chanteur tente donc un retour sur les scènes helvétiques et françaises après avoir consenti à signer le «Reggae Compassionate Act», un engagement à respecter les minorités sexuelles et à s’abstenir d’incitations à la haine. Le problème est que selon plusieurs sources, le chanteur aurait violé ses engagements à plusieurs reprises, notamment en Allemagne et en Jamaïque, où il aurait appelé le public à «lever les mains» pour «brûler les pédés et les sodomites». De fait, des extraits de concerts postés sur le site YouTube attesteraient que les slogans homophobes (proférés en créole) font toujours partie du répertoire du chanteur.

Ras-le-bol des organisations gay

C'est sur la base de ces séquences que le groupe LGBT bâlois HABS a obtenu de la Kaserne de Bâle l'annulation du concert de l'artiste. <!-- Une annonce qui n'a pas fait l'unanimité au sein de la communauté LGBT bâloise. Le collectif événementiel Gaybasel.ch a ainsi déploré une décision «contreproductive», qui «ne fait rien ni pour une amélioration de la situation en Jamaïque, ni pour un échange entre les milieux concernés.» --> Côté romand, une lettre ouverte signée des organisations gay-lesbiennes nationales LOS et Pink Cross, ainsi que des associations LGBT locales VoGay et Plan-Queer, a demandé à son tour au Festival Metropop de reconsidérer la venue de Capleton. Les quatre organisations rappellent les organisateurs à leur responsabilité d'inviter des artistes «dont les propos ne violent pas aussi brutalement des principes éthiques aussi élémentaire que le droit à l'existence pour toute minorité», tout en regrettant «que l'interdiction ou l'annulation des concerts soit la seule langue avec laquelle on puisse s'adresser à la conscience des artistes et des organisateurs avec l'espoir d'un effet durable.» Interrogés par la presse, les responsables du festival lausannois s'étaient déclarés insensibles à la controverse autour de la venue du chanteur.

Chiffon de papier

En France, où Capleton entame une tournée comprenant une vingtaine de dates, le collectif LGBT antillais Tjenbé Red a appelé à l’abandon pur et simple du «Reggae Compassionate Act»: «A quoi sert ce document qui est considéré comme un chiffon de papier par les quelques artistes qui l'ont signé?», s’interroge l’association dans un communiqué.

[article original: 31.10.2008, mis à jour 6.11.2008]

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